INDE – CHAPITRE 5: TOUS LES JOURS, C’EST LA FÊTE.

Il nous faut deux petites heures pour atteindre la ville de Calicut ou Kozikhode en train depuis Kannur. Nous découvrons notre magnifique hôtel ayurvédique, Hari Vihar. C’est une vieille maison avec un jardin et au fond, un étang qui était anciennement utilisé pour la baignade.

Malheureusement ou heureusement, nous n’aurons pour cette fois pas la chance de rencontrer le médecin ayurvédique ou participer à une des retraites qui incluent cours de yoga et « purges » en tout genre.

Le lendemain, nous sommes attendus par notre guide du jour pour visiter la ville de Calicut. Les guides ne se valent évidemment pas tous, mais celui-ci nous raconte plein d’histoires qui rendent une ville banale en une vraie découverte. Nous apprenons qu’à l’époque de l’occupation par les anglais, une communauté religieuse de Bâle aurait ouvert une fabrique de tuiles qui est encore utilisée. Dans cette usine, les personnes des castes les plus basses, qui n’avaient alors pas le droit de travailler et étaient condamnés à mendier, trouvaient un emploi et un salaire. Les bâlois auraient par ailleurs ouvert la première école pour filles de la région.

Nous visitons de plus le marché « de gros » où les camions se mettent en file puis sont chargés de sacs de riz, oignons ou noix de coco par des porteurs. Nous entrons dans une fabrique puis dans un magasin de Halwa, une espèce de pâte de fruit hyper sucrée. Nous ramenons évidemment quelques bouts de Halwa qui traient toujours au fond de notre frigo à l’heure où j’écris cet article, plus d’un mois après notre retour… Le guide nous ammène à une drôle de mosquée, bleue avec quatre étages, construite comme une pagode. Il nous raconte qu’un commerçant arabe aurait commandé entre deux passages la construction d’une mosquée à quatre étages, sans laisser de plans, avant de repartir en mer. Il ne se doutait bien sur pas que les locaux n’avaient aucune idée de ce à quoi une mosquée devait ressembler.

Nous nous rendons finalement au chantier naval où sont construites selon des méthodes traditionnelles les Dhow, des bateaux tout en bois qui sont ensuite vendus à de riches émiratis.

Avant de quitter Calicut, nous goutons la cuisine locale au restaurant Paragon. Nous choisissons le fish mango curry, ainsi qu’un poulet frit avec une panure large et des feuilles de curry fraiches. En dessert, nous devons gouter le pudding à la noix de coco. Tout est bien sûr délicieux !

Notre driver Arun nous conduits dans l’après-midi vers l’ouest, vers l’intérieur des terres, jusqu’à la ville de Palakkad. Palakkade se trouve dans une brêche, qui interompt la chaîne montagneuse des Western Ghats. C’est donc le seul passage reliant le Kerala au Tamil Nadu.

Avant d’aller plus loin, il faut quand même contextualiser notre séjour à Palakkad, un village sans grand intérêt en soi. Nous avons décidé d’y passer quelques jours pour être introduits à l’Inde rurale. Evidemment, cela nous paraisssait plutôt compliqué sans guide. Nous avons ainsi contacté initialement l’agence The Blue Yonder, spécialiste pour ce genre de voyage dans la région. Avec The Blue Yonder, cela s’est assez mal passé. Après 5 semaines nous n’avions toujours pas de proposition de programme malgré nos rappels. Nous nous sommes donc tournés vers Moksha stories, une agence similaire. C’est ainsi que nous avons commencé à discuter avec Arjun. Nous n’avons pas franchement été plus convaincu que par The Blue Yonder. Malgré un premier contact en novembre, il a fallu attendre le mois de mai pour avoir un vrai programme. Notons tout de même qu’Arjun nous simulait une petite toux sèche au téléphone pour expliquer ses retards. Bref, nous nous sommes dits qu’il fallait être ouverts et qu’une fois sur place, tout se passerait bien.

Nous nous réjouissons donc de rencontrer le fameux Arjun, avec lequel je converse sur Whatsapp depuis plus de quatre mois. Pour notre première soirée à Palakkad, nous faisons sa connaissance dans son village natal. Il s’y déroule un festival annuel à l’occasion de la fin de la récolte du riz. Nous passons un très beau moment sur cette petite place de village. D’abord, les hommes du village réalisent une chorégraphie, assez simple mais faisant son effet au son des tambours et des chants. Ensuite, c’est le tour des plus jeunes qui apparaissent déguisés et, toujours en dansant, nous illustrent des histoires du folklore local.

La première l’histoire relate l’arrivée en ville d’une communauté tribale de la forêt, par la suite arnaquée par un propriétaire de terre local. La deuxième raconte celles de femmes de cette même communauté, prises pour des prostituées par les gens de la ville. Sur scène, seuls les hommes ont le droit de se montrer. Ils sont donc condamnés à se déguiser en femmes, et subissent quelques moqueries du public.

Le lendemain, nous sommes étonnés de voir arriver un autre guide pour notre expédition dans les montagnes. Nous suspectons fortement qu’Arjun est toujours au festival de son village qui dure 24 heures consécutives.

Ce sera donc Kailas qui nous accompagnera à Nelliampathy hills, une drôle de station de montagne. On se demande à plusieurs reprises si un guide est vraiment nécessaire, surtout que nous découvrons rapidement que Kailas n’a jamais travaillé comme guide. Ce dernier est informaticien pour une ONG engagée pour l’environnement en Inde… C’est sa deuxième visite à Nelliampathy où il est venu faire un camp avec le reste de son équipe il y a quelques années. Enfin bon, il n’y est pour rien.

Pour lire nos aventures à Nelliampathy :

Après 2 jours dans la forêt, nous sommes de retour à Palakkad. Nous logeons dans une grange rénovée au milieu des rivières. La cuisine extérieure donne sur un bel étang recouvert de nénuphars.

Pour cette première journée à Palakkad, Arjun fait son grand retour et nous fait visiter un Ernakulam. Des Ernakulam, il y en a plusieurs dans la région. Ce sont des quartiers où résident des communautés de haut niveau social, avec une architecture particulière. Les maisons sont à deux étages et s’organisent autour de puits publiques et bien sûr du temple.

Nous rentrons ensuite dans une maison pour une activité « snack making ». Effectivement, une femme locale nous montre comment elle réalise des snacks d’apéritifs frits, aidée par sa mère et son mari.

Nous nous arrêtons ensuite profiter du panorama sur un lac de rétention d’eau. Des vâches maigrelettes se baignent dans l’eau à 30°. ça ne casse pas trois pattes à un canard, en tout cas ça ne vaut pas notre bon vieux léman… mais bon, on se ballade poliment.

Nous sommes un peu frustrés car aucune activité n’est prévue pour l’après-midi. Comme nous sommes perdus au mileu des rizières, nous sommes condamnés à trainer dans la climatisation de notre grange en rédigeant nos articles.

Au soir, nous ressortons finalement voir un autre festival, cette fois-ci dans un temple. Des hommes jouent du tambour et des instruments à vent. Un éléphant enchainé porte une coiffe dorée. Tous font le tour du temple.

Très sincèrement, nous ne captons pas bien l’intérêt de l’éléphant dans ces cérémonies. Selon Arjun, il s’agit de faire plaisir aux dieux. Nous avons surtout l’impression que cela fait plaisir aux spectateurs !