Il nous faut deux petites heures pour atteindre la ville de Calicut, ou Kozikhode, en train depuis Kannur. Nous découvrons notre magnifique hôtel ayurvédique, le Hari Vihar. C’est une vieille maison traditionnel, un beau jardin, et au fond, un étang qui était anciennement utilisé pour la baignade.
Malheureusement (ou heureusement), comme nous ne restons qu’une nuit, nous n’aurons pour cette fois pas la chance de rencontrer le médecin ayurvédique ou de prendre part à une des retraites qui incluent cours de yoga et « purges » en tout genre.
Le lendemain, nous sommes attendus par notre guide du jour pour visiter la ville de Calicut. Ce guide là est vraiment très fort: même si Calicut est quelque peu banale, notre journée est passionnante.
Nous apprenons qu’à l’époque de l’occupation par les anglais, une communauté religieuse de Bâle aurait ouvert une fabrique de tuiles qui est encore utilisée à ce jour. Dans cette usine, les personnes des castes les plus basses, qui n’avaient alors pas le droit de travailler et devaient mendier pour survivre, trouvaient un emploi et un salaire. Les bâlois auraient par ailleurs fondé la première école pour filles de la région.
Nous visitons ensuite le marché « de gros ». Les camions s’y mettent en file puis sont chargés de sacs de riz, oignons ou noix de coco par les porteurs. Nous entrons dans une fabrique puis dans un magasin de Halwa, une espèce de pâte de fruit hyper sucrée, existant dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Nous ramenerons évidemment quelques bouts de Halwa, qui trainent encore à ce jour au fond de notre frigo… Le guide nous fait visiter une drôle de mosquée, bleue avec quatre étages, construite comme une pagode. Il nous raconte qu’un commerçant arabe, brièvement de visite pour affaires dans la ville, aurait commandé la construction d’une mosquée à quatre étages. Il n’aurait cependant laisser aucun plan avant de repartir en mer. Il ne se doutait bien sur pas que les locaux n’avaient aucune idée de ce à quoi une mosquée devait ressembler et construiraient une pagode biscornue.
Nous nous rendons finalement au chantier naval où sont construites les dhow, selon des méthodes traditionnelles. les Dhow sont des bateaux tout en bois qui sont ensuite vendus à de riches émiratis.






Avant de quitter Calicut, nous goutons la cuisine locale au restaurant Paragon. Nous choisissons le fish mango curry, ainsi qu’un poulet frit avec une panure large et des feuilles de curry fraiches. En dessert, nous devons gouter le pudding à la noix de coco. Tout est bien sûr délicieux !

Notre driver Arun nous conduits dans l’après-midi vers l’ouest, vers l’intérieur des terres, jusqu’à la ville de Palakkad. Palakkade se trouve dans une brêche, qui interompt la chaîne montagneuse des Western Ghats. C’est donc le seul passage reliant le Kerala au Tamil Nadu.
Avant d’aller plus loin, il faut quand même contextualiser notre séjour à Palakkad, un village sans grand intérêt en soi. Nous avons décidé d’y passer quelques jours pour être introduits à l’Inde rurale. Evidemment, cela nous paraisssait plutôt compliqué sans guide. Nous avons ainsi contacté initialement l’agence The Blue Yonder, spécialiste pour ce genre de voyage dans la région. Avec The Blue Yonder, cela s’est assez mal passé. Après 5 semaines nous n’avions toujours pas de proposition de programme malgré nos rappels. Nous nous sommes donc tournés vers Moksha stories, une agence similaire. C’est ainsi que nous avons commencé à discuter avec Arjun. Nous n’avons pas franchement été plus convaincu que par The Blue Yonder. Malgré un premier contact en novembre, il a fallu attendre le mois de mai pour recevoir un vrai programme. Notons tout de même qu’Arjun nous simulait une petite toux sèche au téléphone pour expliquer ses retards. Bref, malgré nos inquiétudes quant à l’organisation de cette agence, nous nous sommes dits qu’il fallait être ouverts et qu’une fois sur place, tout se passerait bien.
Nous nous réjouissons donc de rencontrer le fameux Arjun avec lequel je converse sur Whatsapp depuis plus de quatre mois. Pour notre première soirée à Palakkad, nous faisons sa connaissance dans son village natal. Il s’y déroule un festival annuel à l’occasion de la fin de la récolte du riz. D’abord, les hommes du village réalisent une chorégraphie, assez simple mais qui fait son effet car accopmagnée des tambours et des chants. Ensuite, c’est le tour des plus jeunes qui apparaissent déguisés et, toujours en dansant, nous illustrent des histoires du folklore local.

La première l’histoire relate l’arrivée en ville d’une communauté tribale de la forêt, par la suite arnaquée par un propriétaire de terre. La deuxième histoire raconte celles de femmes de cette même communauté, prises pour des prostituées par les gens de la ville. Sur scène, seuls les hommes ont le droit de se montrer. Ils sont donc « condamnés » à se déguiser en femmes, et subissent les moqueries du public.



Le lendemain, nous sommes étonnés de voir arriver un autre guide pour notre expédition dans les montagnes. Nous suspectons fortement qu’Arjun est toujours là où nous l’avons laissé hier au soir, au festival de son village. En même temps, la fête s’éterniserait sur plus de 24h consécutives !
Ce sera donc Kailas qui nous accompagnera à Nelliampathy hills, une drôle de station de montagne (Hill station localement). On se demande à plusieurs reprises si un guide est vraiment nécessaire, surtout que nous découvrons rapidement que Kailas n’a jamais travaillé avec des touristes. Ce dernier est informaticien pour une ONG engagée pour l’environnement en Inde… C’est sa deuxième visite à Nelliampathy où il est venu faire un camp avec le reste de son équipe il y a quelques années. Enfin bon, il n’y est pour rien.
Pour lire nos aventures à Nelliampathy :
Après 2 jours dans la forêt, nous sommes de retour à Palakkad. Nous logeons dans une grange rénovée au milieu des rivières. La cuisine extérieure donne sur un bel étang recouvert de nénuphars. L’endroit est vraiment bucolique, parfait pour avancer notre lecture.







Pour cette première journée à Palakkad, Arjun fait son grand retour et nous fait visiter un Ernakulam. Des Ernakulam, il y en a plusieurs dans la région. Ce sont des quartiers à l’architecture particulière où résident des communautés de haut niveau social (les brahim). Les maisons sont toutes sur deux étages et s’organisent autour de puits publiques. Au bout de la rue, nous retrouvons toujours le temple.

Nous rentrons ensuite dans une maison pour une activité « snack making ». Effectivement, une femme locale nous montre comment elle réalise des snacks d’apéritifs frits, aidée par sa mère et son mari.


Nous nous arrêtons ensuite profiter du panorama sur un lac de rétention d’eau. Des vâches maigrelettes se baignent dans l’eau à 30°. ça ne casse pas trois pattes à un canard, en tout cas, ça ne vaut pas notre bon vieux léman…



Nous sommes un peu frustrés car aucune activité n’est prévue pour l’après-midi. Nous devons insister auprès d’Arjun. Comme nous sommes perdus au mileu des rizières, nous sommes condamnés à trainer dans la climatisation de notre grange en rédigeant nos articles.
Au soir, nous ressortons finalement voir un autre festival, cette fois-ci dans un temple. Des hommes jouent du tambour et des instruments à vent. Un éléphant enchainé porte une coiffe dorée. Tous font le tour du temple, 3 fois, dans le sens des aiguilles d’une montre.


Très sincèrement, nous ne captons pas bien l’intérêt de l’éléphant dans ces cérémonies. Selon Arjun, il s’agit de faire plaisir aux dieux. Nous avons surtout l’impression que cela fait plaisir aux spectateurs !
La suite du festival devra attendre la tombée de la nuit. Dans l’intervalle, Arjun nous emmène dans le bar de la ville. C’est tout une expérience en soi. L’entrée est cachée dans l’arrière cour d’un hôtel, sans indication. Nous poussons deux lourdes portes occultées pour pénétrer dans une pièce sombre. Le mobilier est minimal. Il n’y a pas de musique. Les hommes boivent seul à leur table, bières après bières. Notre voisin de table dort les bras croisés. Quand je demande où sont les toilettes, une relativement longue discussion débute entre Arjun et le serveur. Je comprends qu’il n’y a pas de toilettes femme dignes de ce nom et que les toilettes homme ne sont pas d’un standing suffisant pour que je les utilise… Je lance un coup d’oeil dans la pièce. Effectivement, parmi la trentaine de clients, je suis la seule représentante de mon genre.La bière est vite sifflée.
Heureusement, de retour à notre festival local, l’ambiance est plus colorée ! Des acteurs de Kathakali, une forme de théâtre dansé et mimé, se préparent à la lueur des bougies. Comme pour le Theyyam, les acteurs font appel à des assistants pour veiller à la parfaite réalisation des maquillages et des costumes, sous l’oeil curieux des festivaliers.






L’éléphant est toujours présent, fidèle à son poste.

Le Kathakali commence. Arjun nous a envoyé plus tôt un résumé de l’intringue, généré avec ChatGPT. La représentation relate la rencontre entre Rama, un dieu, et Sugreeva, un homme singe. Rama erre dans la fôret à la recherche d’amis pour l’aider à recupérer sa belle, Sita, enlevée plus tôt par un monstre. Il rencontre alors Sugreeva qui est bani de son royaume depuis un quiproquo avec son frère. Son frère est le roi singe Bali aux pouvoirs extraordinaires. Sugreeva et Bali se battaient ensemble contre un monstre. Bali, qui a le pouvoir d’avoir toujours le double de force de son adversaire, dit à son frère Sugreeva de le laisser se battre seul dans une grotte avec le monstre. Sugreeva, devant l’entrée de la grotte, voit couler du sang et imagine son frère Bali vaincu au combat et mort. Pour protéger le royaume et enfermer le monstre, Sugreeva ferme alors la grotte avec un enorme rocher. Mais Bali n’est pas mort, a bien vaincu le monstre et ressort de la grotte. Il se retourne alors contre son frère qui l’a enfermé et le rejette. C’est à ce moment que Sugreeva rencontre Rama et lui demande de l’aide. Vient alors le combat entre Sugreeva et son frère Bali qui l’excède en force en raison de son pouvoir.
Rama, caché dans un arbre, observant le combat, achève alors Bali d’une flèche dans le dos. L’histoire doit évidemment faire réfléchir l’auditoire, sur la notion de bien et de mal au sens large.




Pour ma part, il n’y a pas beaucoup de réfléxions profondes car je pique du nez pendant toute la représentation. Il faut dire que la musique est envoutante et que les gestuelles et mimiques ne me tiennent pas tant en haleine. Bref.
Le lendemain, nous rejoignons notre nouvel hôtel, toujours à Palakkad, le Aalapura heritage. Selon le PDF de notre tour avec Moksha stories, il s’agit d’un fascinant « Agro Museum ». Arjun tente désespérant de nous faire accrocher à son marketing peu convaincant en nous « apprenant » les noms des arbres fruitiers du jardin. Mais il faut dire qu’à force de bourlinguer, nous en connaissons déjà une très grande majoratié. Nous restons polis, mais sommes quelque peu déçus de son activité qui revient surout à un tour du jardin de l’hôtel. Nous nous retranchons rapidement dans la sympathique piscine. Nous rigolons bien, car le personnel de l’hôtel laisse le robinet pour remplir la piscine allumé, que la piscine n’est pas « droite » et que cela devient rapidement une piscine à débordement forcé.

Nous assistons ensuite à une représentation de chants foolkloriques par deux locaux, un frère et une soeur, accompagnée de son fils. Nous sommes un peu génés car ils ne sont venus que pour nous, qu’ils chantent assis sur un draps, en face de nous, qui sommes assis sur des chaises. Nous avons même le droit à un chant nous souhaitant un mariage heureux, incluant nos deux prénoms. La chanson doit être interrompue plusieurs fois pour qu’Arjun répète dans l’oreille du chanteur nos deux drôles de prénoms. Plus tard, nous comprendrons qu’Arjun est convaincu que ce voyage est notre lune de miel. Tout cela nous fait doucement sourire ! Il s’en passe des choses dans ce voyage.
En fin d’après-midi, après nos demandes insistantes, Arjun nous emmène assister à un autre festival. Mais des festivals, il y en a tous les jours ? Oui, oui, effectivement, même plusieurs chaque soir, tout l’été ! C’est fou !
Nous sommes dans un autre Ernakulam, ces quartiers Brahim de construction spécifique. Cette fois-ci, le clou du spectale, ce sont de gigantesques chars en bois contenant l’idôle du temple. Les hommes du village doivent tirer sur de longue cordes pour mouvoir ses roues en bois, d’environ 1m50 de diamètre. Ils sont aider par un tractopelle, qui donne des pichenettes à l’arrière du char. Les villageois sont curieux de voir deux blondinets s’intéresser à leur drôle d’affaires et nous font un acceuil chaleureux.
Une fois la nuit tombée, nous retrournons pour la troisième fois au festival de la veille. Cette fois, c’est pour un spectacle de marionnettes. A nouveau, il s’agit de l’histoire de Rama, jouée avec des marionnettes en cuir, éclairées par des bougies et dont l’ombre se projette sur un grand drap blanc. Nous sommes moins d’une dizaine à assister à la représentation qui s’étire jusqu’au matin. Nous discutons brièvement avec le marionnetiste qui nous explique avoir fait des représentations à l’international, et même en Suisse ! Il n’a pas l’air étonné de voir un public aussi éparse… pour lui, c’est avant tout religieux, et ce n’est pas juste un spectacle.


Le lendemain matin, nous avons rendez-vous avec la cuisinière de notre hotel pour réaliser des sortes de madeleines frites dans l’huile de coco. Les petits gâteaux réalisés sont délicieux, surtout alors qu’ils sont encore fumants !
Nos prochaines aventures nous amèneront à Kochi ou Cochin, dans la région des Backwaters.



































