C’est depuis Palakkad que nous nous engageons sur la route sinueuse pour la station de montagne de Nelliampathy hills. Pour cette escapade, nous sommes accompagnés par notre (non-)guide Kailas.
Nelliampathy hills a été développé par les anglais pour la culture du thé lors de l’occupation. L’intérêt de cette colline se trouve cependant au bout de rangées de magnolias. Un rideau vert se dresse puis recouvre les vallons. C’est une forêt dense, comme il n’en existe plus sur notre continent.
Nous grimpons dans une petite jeep avec une impression de déjà vu. Ce sont les mêmes petites Mahindra que celles utilisées à l’est de Java pour descendre dans le cratère où fulmine le Mont Bromo.
Une piste tout à fait cahoteuses grimpent toujours plus haut dans la fôret. Quelques tassements lombaires plus tard, nous atteignons notre lodge pour ce soir : le Misty Valley.
Que dire de cet endroit… cela ressemble à un ancien campement militaire avec un grand abri en tôle pour réfectoire. Cachés sous la végétation, d’autres batiments en béton sont creusés dans le sol. Malgré nos questions, personne ne sait nous dire à quoi servait cet endroit. Nous sommes les premiers arrivés et profitons des chaises en plastique, placées stratégiquement en lisière de fôret pour ouvrir nos bouquins.
Nous sommes fans de ce genre d’endroits désuets, décalés, et pourtant tout à fait confortables dans leur contexte.

Nous ne lirons pas très longtemps avant de nous relancer sur les pistes, à pied cette fois. C’est qu’à chaque instant, un bruissement, une ombre, un éclat, nous rappellent que la foret grouille. Nous ne faisons que sortir et ranger notre gros objectif, en vain. Dans la foret, tous nos sens s’épuisent, et pourtant, nous sommes aveugles. Même en photo, nous ne capturons presque rien.
Ce jeu nous amuse. Est-ce finalement absolument nécessaire de voir quand nous pouvons entendre, et imaginer ? Ce qui est certains, c’est que les bestioles nous observent elles, et sans devoir intensément scruter chaque branchage à se donner des migraines.
Heureusement, un énorme sanglier a organisé sa couche devant notre perron et se laisse, lui, examiner de près. Drôle de voisinage.












Après un petit déjeuner piquanté, nous sommes les premiers à repartir avec notre Mahindra sur la même piste empruntée à la veille. Sur la route, cinq mêtres devant nous, un éclat doré. Je me dis que c’est une drôle de couleur pour un très très gros singe. J’y pense instantanément, mais je n’ose pas le prononcer à haute voix de peur d’être rapidement désillusionnée. Mais c’est effectivement cet animal moustachu, dont nous avons deux pâles copies, grassouilettes et bien plus menues, à domicile.


A quelques mètres de la jeep, il s’étend quelques minutes. Un regard tendre, une couleur de miel, brillante, un motif net et contrasté, des pattes larges et velues … C’est un sacré show, qui se referme sur un rideau vert de liane s’entremêlant quand la star s’enfonce entre les arbres. A défaut de tigres, nous aurons vu un léopard. Lui ne s’est pas annoncé, nous ne le cherchions pas, nous l’avons juste croisé, et il nous a bien surpris. Du mystérieux qui rajoute une dose de magie. Même le conducteur de la jeep, un taiseux qui nous a à peine adresser un regard, un homme de la foret (ou Orang-Outang en bahasa) dans nos inside jokes, prend une vidéo avec son téléphone.
Nous retrouvons notre driver Arun avec le reste de la civilisation. La journée n’est même pas finie. Arun a prévu pour nous un road trip dans Nelliampathy hills. Nous voguons entre les champs de thé dans la climatisation de la Toyota. C’en est presque trop. Trop de beauté, trop de couleurs, trop de contrastes, c’est trop à garder en mémoire. Nous nous laissons aller dans l’instant.


Kailas arrête la voiture. Il a aperçu ce grand oiseau dinosoresque, voire avataresque, dans les branchages. Effectivement, c’est Toruk Makto qui nous regarde de haut avec sa drôle de protubérance.
Kailas semble très déçu quand je raconte que nous avons déjà vu ces oiseaux à Sumatra, car pour lui c’est le « great indian hornbill ». Mais il faut dire que les indiens ont le don de donner à chaque arbre, chaque fleur, chaque oiseau une appartenance à leur nation.


Nous retrouvons Palakkad après cette incroyable parenthèse. Nous n’attendions rien de Misty Valley et pourtant, c’est définitivement une des étapes les plus mémorables de ce voyage.











