Nous n’avons jamais visité Saas Fee. Nous sommes allés plusieurs fois à Zermatt, dans la vallée voisine, pour skier dans la station préférée de la famille de Cyril. Mais, Saas Fee reste un terrain inconnu.
Nous ne sommes pas tombés par hasard dans cette vallée du Haut Valais. Nous nous aventurons si loin car nous avons reçu en cadeau, de la part de ma tante, une nuit dans un hôtel-bulle au dessus du village. Nous arrivons à Saas Fee un samedi après-midi, le 11 octobre 2026. Je suis pour ma part en tournus de Gastro-Entérologie à l’HRC et ai pour objectif de profiter le plus possible de tous ces weekends de liberté ! Il est certes un peu osé d’organiser un weekend de randonnée en montagne en octobre. Nous sommes cependant en mission pour nous exposer aux éléments des sommets suisses et enrichir nos gastrocnémiens au maximum avant les premières neiges (après, on enchaine sur l’objectif raquette !).
La route jusqu’à Saas Fee annonce les couleurs du weekend. Dans sa portion avant l’embranchement pour Zermatt, la vallée étroite est couverte de vignes sur des terrasses pentues. Leur feuillage est dans ses derniers jours avant son abdication. C’est surement la période où leur couleur jaune est la plus flamboyante. Peut-être est-ce de savoir leur toute prochaine défaillance qui rend leur chatoiement d’autant plus marquant aux yeux du naturiste amateur ? Allez, j’arrête la poésie.
Loin de l’idée du « Glamping », notre hôtel-bulle se trouve bien au dessus de Saas Fee, à Alpenblick. C’est à environ 25 minutes de marche du centre du village, avec quand même 200 bons mètres de dénivelé à travers la forêt. La fameuse bulle se trouve derrière le restaurant d’alpage Alpenblick, au centre d’une prairie avec vue sur les montagnes en face.

Quand nous nous rendons compte qu’il n’est pas possible de manger à Alpenblick, et qu’il faudra redescendre, manger dans le village de Saas Fee, puis tout remonter à la nuit tombée, nous nous questionnons sur nos choix de vie.
Après un beau plat de chasse dans la rue principale de Saas Fee, toute notre flemmardise est oubliée. Nous retrouvons notre bulle en trois enjambées, au travers de la sombre fôret, à la lumière des téléphones.
Nous nous réjouissons d’avoir pris nos sacs de couchage les plus chauds, acquis en prévision des nuits frigorifiantes de la Patagonie chilienne. La bulle n’est pas isolée. Elle flotte sur une terrase en bois avec 5 cm entre chaque planche.

Entre le ciel et nous, il y a la bulle, et au moins dix couvertures de l’armée suisse. La nuit est belle, bien que glaciale. Nous discernons la voie lactée, encadrée par la cime des sapins.
Quel luxe de s’éveiller avec les bruits de la forêt. Je trouve la volonté de quitter notre bulle pour faire quelques clichés. Prendre des photos est impossible avec mes moufles et je frise la gelure de la phalange distale de D2.
Le soleil colore d’un orange-rosé la neige brillante sur le sommet en face. En repassant les photos prises à cet instant, j’en arrive à douter s’il s’agit effectivement du lever ou de la tombée du jour.
un copieux petit-déjeuneux nous attend à l’Alpenblick, sur la terrasse ensoleillée, en face-à-face avec le glacier des Mischabels. Ce n’est même pas 9h du matin et nous pouvons déjà affirmer avec certitude que c’est une des journées les plus mémorables de cette année 2025. Une journée mémorable bien sûr, mais surtout un instant, dont on arrive à saisir la beauté au moment où il se déroule – c’est tout de même peu fréquent.
Nous redescendons de notre bulle jusq’au joli village de Saas Fee. Nous y trouvons de nombreuse granges surelevées en bois foncé, dans le style typique valaisan.
Le village est entièrement piéton. Mais ce qui le rend exceptionnel, c’est certainement le glacier des Mischables qui le domine d’un air grave, bloquant toute horizon.

Sur les Mischabels, à cette saison, il n’y a pas vraiment de randonnée intéressante. Nous repartons donc plus bas dans la vallée jusqu’à Saas Grund pour emprunter la remontée de Hohsas et s’arrêter à la station intermédiaire de Kreuzboden.

De là, nous empruntons le sentier direction le fond de la vallée, décidés à rejoindre le village de Saas Almagell. La face est au soleil tout du long, et profite d’une vue incroyable sur Saas Fee et les Mischabels.
Celui qui a choisi la palette du valais en octobre a certainement pris connaissance du fameux dictionnaire japonais de combinaison des couleurs. La neige est blanche et reflète par instant le bleu du ciel, la roche est bordeau délavée, les mélèzes oscillent entre le vert clair, un jaune profond et un orange intense, l’ardoise est argent.
C’est un jour d’octobre idéal. Le fond de l’air est glacial, figeant les paysages, mais le soleil nappe la vallée d’une chaleur prête à s’échapper à tout instant. C’est un équilibre instable. L’été et l’hiver conversent avec tension pour ce rendez-vous annuel qui ne dure que quelques jours.
Au loin, on devine le jeu de lumière éblouissant des reflets du lac du Mattmark.
La randonnée est franchement tranquille, sans nécessité de faire un effort conséquent. Pourtant, nous sommes au ralenti, Cyril et moi, tous deux avec un léger mal de tête, surement causé par la tension atmhmosphérique, sinon par la nuit à -10° sous la bulle. Nous évoluons lentement, nous laissant dépasser par les autres randonneurs, et nous arrêtons à Almagelleralp pour une tarte aux fruits avec les familles.

Nous descendons les pins jusqu’à Saas Almagell pour prendre le car postal qui nous ramenera à Saas Grund, retrouver notre Land Rover préférée, rejoindre notre bout de lac et son angle droit avec le Grammont et finalement nos deux boules de poils perpetuellement affamées. Demain, il y aura du travail, mais cela n’a aucune importance.











