SILVESTERSCHLAUSEN IM APPENZELLERLAND

Je ne sais même plus dire comment nous avons entendu parler de la Silvesterschlausen ou Saint-Silvestre en Appenzell. Allez savoir, peut-être qu’on l’a vu passer sur Instagram ? Ce qui est sur c’est que l’on regarde toujours s’il y a des événements particuliers comme des festivals ou des fêtes folkloriques lorsque l’on voyage à l’étranger. Et pourtant, dans notre propre pays, on est pas très au courant de ce qu’il se passe.
On a donc entendu parler de cet événement d’une manière ou d’une autre en novembre 2024. L’année d’après, on décide de la date de nos vacances en fonction de cette fête. Nos vacances d’hiver tombent ainsi la 3ème semaine de janvier 2026, et incluent le mardi 13 janvier, le jour de l’ancienne Saint Silvestre selon le calendrier grégorien.
Le déroulement des événements n’est pas très clair. On a beau lire en boucle et en boucle la description de l’événement sur le site du tourisme de d’Appenzell, on ne sait pas vraiment à quelle heure tout commence et où venir. Apparemment, la fête commence au lever du jour sans plus de précision. Plusieurs villages font cette tradition. Le village qui revient le plus souvent est celui d’Urnäsch. C’est donc celui que l’on décide de visiter. Mais tout ne se passe pas dans la petite bourgade d’Urnäsch. Si l’on comprend bien, les « Chlausen » se déplacent de maison en maison, sans itinéraire prédéfini, et commencent dans les fermes environnant le village. Ca nous fait une belle jambe…
Puisqu’il fait se lever aux aurores, on en profite pour visiter la veille le canton d’Appenzell. Nous étions déjà venus pour rappel au printemps 2024, pour faire de la randonée dans l’Alpstein. Et ça avait été un vrai coup de coeur ! J’espère que j’aurai le temps d’en faire un article à part entière. Allez, je mets déjà le bouton, pour me motiver à un jour rajouter le lien qui va avec !

Le lundi 12 janvier 2026, on se réveille dans la ville d’Appenzell. On est arrivés en train la veille au soir, avec nos sacs à dos, nos raquettes et nos bâtons de ski sur le dos (oui, il faudra un jour investir dans des bâtons de randonnée qui se rétractent, parce que c’est pas pratique). On s’est mis d’accord sur un sentier de raquettes qui chemine sur des collines, avec vue sur le Säntis. Sur le papier c’est bien beau. Mais dans la réalité, on a rarement vu un aussi mauvais temps. Il neige, il fait -1000°C, et il y a un vent de fou furieux. Pas de quoi nous faire peur mais enfin bon…
On rejoint la station de Schwägalp en bus, et on part le long de la falaise du Säntis, direction la colline de Krönberg.


La randonnée traverse un joli hameau puis descend en pente douce dans une forêt de sapins recouverts de neige.
C’est à la sortie de la fôret que les choses se corsent. Il faut grimper sur une sacrée pente à flanc de colline raflée par un vent peu sympathique, dans la haute neige, sans aucune trace. On arrive à Kronberg trempés de sueur et de neige. Et sans s’énerver, ça c’est le plus impressionnant!
Le lien de notre randonnée en raquette : https://schweizmobil.ch/fr/randonnees-en-raquettes/itineraire-669



On redescend de Kronberg en luge Davos. C’est une première pour Cyril. Et pas des moindres parce que la piste est serrée et franchement pentue. On arrive en bas en un morceau, tout ça était bien drôle.
Cyril a les pieds tellement trempés qu’il achète une nouvelle paire de chaussures de marche à Appenzell.
Le soir, on mange un délicieux repas typique dans le restaurant Zur Linde à Teufen. La Gersten Suppe ou soupe à l’orge est vraiment hyper savoureuse. On dort dans le village méconnu de Niederteufen (méconnu pour une bonne raison que l’on n’explicitera pas), dans une chambre au dessus d’une pizzeria. La salle de bain est partagée et Cyril touche le plafond quand il se douche. L’aventure quoi.
Le lendemain, on se réveille aux aurores pour attraper le premier Appenzeller Bahn qui va à Urnäsch. Il faut dire qu’on est quand même motivés pour se lever aussi tôt, sans vraiment toujours savoir où on va. Dans le train, on est rassurés de voir pas mal de monde. Nous allons probablement tous au même endroit. Arrivés dans le petit village d’Urnäsch, on suit les quelques groupes descendus du train en même temps que nous. Sur la place principale d’Urnäsch, on monte dans le premier Shuttle Bus direction la banlieu ou « Kerngebiet » Schönau. On nous a dit que pour trouver les Chlausen, il faut ensuite écouter et suivre le son des cloches. C’est ce que l’on fait. On ne tarde pas à en entendre.
Dans la nuit, on rencontre un premier groupe d’environ 6 hommes-sapins qui chantent du yodel devant une ferme. Les fermiers sont dehors et écoutent silencieusement. A la fin de chaque chanson, les hommes-sapins se secouent faisant tinter leur grosse cloche unique ou leurs grelots. Les fermiers leur servent de l’eau, ou du vin blanc avec une paille. Après une quinzaine de minutes de chant, les hommes saluent d’une poignée de main le chef de famille qui leur glisse un billet dans la paume et s’en vont en courant à la file indienne. Ils portent des bottes en cuirs avec des boucles, sont recouverts de branches de sapin ou de gui, portent une cloche unique ou plusieurs grelots, cachent leur visage avec un masque recouvert d’écailles de pin et d’une barbe de lichen et arborent une coiffe en carton sur laquelle de petites figurines immortalisent une scène de vie locale. Dans la nuit, de petites lumières permettent de distinguer tous les détails de leur habit éphèmère.
Arrive un groupe de « Schönste », ou de beaux. Dans chaque groupe de beaux, un est déguisé en homme avec un costume simple et un en femme. Celui déguisé en femme porte toujours la coiffe en bois la plus impressionnante. Eux aussi portent des cloches ou de gros grelots. Chaque personnage a l’air d’avoir son rôle et les costumes sont codifié en fonction.


Pendant ce temps, le soleil se lève sur les collines d’Appenzell. Le monde est bleu clair. Ce n’est même pas 7h, on au mileu de la campagne, devant de vieilles fermes, à écouter du yodel, chanté par une bande de gulu portant des déguisements avec plus de détails que nos habits de tous les jours.
On décide de redescendre au centre d’Urnäsch pour prendre un petit déjeuner et se réchauffer avant de repartir. Ce n’est même pas encore 9h du matin, et on a prévu d’aller à Bad Ragaz puis de rejoindre Flims pour la suite de notre séjour.
On est à la gare, prêts à partir quand je me remets en question. On est venu jusqu’ici pour voir la Silvesterschlausen, on a décidé de la date de no vacances pour ça, et on part après 2h ?
On décide finalement de retourner dans le village d’Urnäsch, cette fois ci dans le Kerngebiet Tal pour voir plus de Chlausen.
Et ça ne rate pas, on voit encore au moins 4 ou 5 groupes de Schönste ou d’homme-sapins !
On a rarement vu des fêtes folkloriques aussi belles. Il faut imaginer le temps que doit prendre la création des coiffes et des masques. Les groupes ont surement du répéter ensemble les chansons de yodel, ou est-ce qu’ils improvisent ? Ce qui est sûr c’est que tout est vraiment raffiné, alors même qu’on est entouré de paysages agricoles et de montagne.




On ne s’en lasse pas et on passe la matinée à chercher les groupes de chanteurs.
Tout a l’air très codifié, on découvre de plus en plus de détails. Ceux qui portent les grelots sont toujours couverts de sapins (et pas de gui). Dans les branchages, certains ont accrochés des champignons.



On en a plein les yeux et on est enfin prêts à continuer nos aventures, direction Bad Ragaz pour se remettre de nos émotions !




C’est irréel.








